Résumé: La zone de notre étude s'étend de Choueifat jusqu'à Rmeylé, région agricole de tradition. Elle envisage un problème de développement urbain qui sera accentué dans le futur. Ce développement urbain mène à une mauvaise gestion de l'eau dans l'agriculture due à l'absence des réseaux collectifs d'irrigation, ce qui pousse l'agriculteur à l'utilisation de sa propre source d'eau principalement basée sur l'exploitation des nappes souterraines par l'intermédiaire des puits artésiens sans aucune restriction. Le puisement anarchique des puits a induit à une dégradation de la qualité des nappes phréatiques suite à une pollution par l'eau salée et une élévation des valeurs de la salinité du sol, sans oublier les particularités géologiques et pédologiques de cette région qui accentuent l'intrusion de l'eau de mer et par suite l'augmentation de la salinité et de la contamination bactérienne causée par les effluents industriels, domestiques, urbains et agricoles. A ces problèmes, s'ajoutent la déficience et le manque de précision de la loi libanaise d'une part et l'état exceptionnel de l'instabilité au Liban d'autre part.
Mots clés: eau, agriculture, intrusion de l'eau de mer, urbanisation, pollution, qualité de l'eau.
Introduction: Le Liban a repris sa vie normale et la reconstruction a démarré après une longue période d'instabilité. Ce parcours est caractérisé par une pression démographique et un développement économique assez rapide sans toutefois suivre une planification bien claire. D'où les problèmes de quantité et de qualité d'eau qui commencent à apparaître (Mutasem, 2002). Cette source, limitée et aléatoire est de 8.600 mm3/an, dont 50% sont perdues par évapotranspiration, 8% par écoulements aux pays voisins, 12% par infiltration d'eaux souterraines, laissant 2.600 mm3 d'eau superficielle et souterraine qui sont potentiellement disponibles, dont juste à peu près 2.000 mm3 sont exploitables. Les demandes traditionnelles et futures de l'eau changent considérablement en raison des différents procédés d'évaluation, particulièrement par rapport à la croissance annuelle de la population, la consommation moyenne par personne, les terres disponibles pour l'agriculture, la consommation moyenne par hectare et du potentiel futur de l'industrialisation. Un déficit d'eau est estimé dans les 10-15 années prochaines (Mutasem, 2002).
Les demandes en eau ont été traditionnellement partagées entre trois principaux secteurs, agriculture, usage domestique et industrie, qui ne consomment pas l'eau suivant le même taux; c'est l'agriculture qui constitue le secteur prépondérant d'utilisation, presque les 70% de la quantité totale d'eau utilisée en 1993 avec une surface irriguée de 87.500 ha soit le 25% de la surface utilisable (FAO, 1996). Cette source connaît plus de contraintes et de concurrence de la part des utilisateurs et aussi certaines détériorations de sa qualité par les différentes sources de pollution. Ainsi, pour les eaux usées domestiques, la mauvaise régulation de la disposition des eaux d'égout et leurs réseaux sont insatisfaisants, l'utilisation excessive des ressources d'eaux souterraines pour l'approvisionnement domestique cause une contamination bactérienne des eaux de surface et souterraines induisant des problèmes de santé et une intrusion d'eau salée dans les couches des aquifères côtiers. A cela, s’ajoutent les eaux usées industrielles, les effluents industriels qui contiennent (suivant le type d'industrie) des substances biodégradables qui peuvent être nocives ou toxiques, des eaux à charge minérale, à charge organique, des eaux toxiques provenant des industries chimiques causant une pollution momentanée ou permanente des eaux. Pour les eaux usées urbaines, le mélange d'eaux usées domestiques et industrielles, exemple l'eau provenant des casernes, hôpitaux et commerces, ces eaux sont plus diluées que les eaux domestiques et par suite la charge polluante est beaucoup moins réduite. De même pour les rejets polluants agricoles où l'utilisation non contrôlée des eaux superficielles et souterraines pour l'irrigation, la surfertilisation, la mauvaise gestion des résidus de récolte, des déjections animales et l'utilisation non contrôlée des pesticides causent des problèmes de manque saisonniers d'eau, une augmentation de la salinité du sol, contamination des eaux souterraines par les pesticides et les nitrates induisant des problèmes de santé. Les eaux pluviales, les polluants de l'atmosphère peuvent être entraînés par les eaux de pluie qui ruissellent sur le sol et s'infiltrent rejoignant ainsi les eaux superficielles et les eaux souterraines. Les principaux sont SO2, NO2 qui s'oxydent en présence de la vapeur d'eau, et la pluie se trouve acidifiée par la présence de l'acide sulfurique et de l'acide nitrique. Les poussières absorbent les traces métalliques comme le plomb issu des gaz d'échappement contribuant ainsi à la pollution des eaux de surface par les eaux pluviales. Ainsi l'acidification des eaux de surface est attribuée au déséquilibre du tampon calco-carbonique causé par les pluies acides. Ces dernières contiennent 2/3 acide sulfurique et 1/3 acide nitrique (Bonteux, 1983). Elles acidifient les eaux de surface lorsque le tampon calco-carbonique est insuffisant. Les eaux utilisées pour la production de l'énergie (Centrale thermique du Zouk), les centrales thermiques déchargeant les eaux de refroidissement dans les eaux côtières causent une élévation de la température de l'eau , ce qui peut mener aux changements de l'écologie marine et causer des dommages possibles à la pêche. Le contrôle des différents polluants est suivi par les paramètres suivants: physico-chimiques (pH, conductivité..), de pollution chimique (nitrates, chlore...), de la pollution par les métaux lourds (plomb, zinc, cuivre...), pollution organique (DBO, DCO), microbiologique (coliformes totaux, fécaux, E.Coli...), pollution organique d'origine chimique (pesticides, engrais,...).
D’autre part, depuis les dernières 30 années du XXème siècle, l’agriculture sur la côte libanaise est presque devenue une agriculture urbaine (IAURIF, 1999). L'agriculture urbaine a commencé à se propager partout sur le littoral suite à plusieurs forces dont on peut citer la propagation des zones industrielles, l'urbanisation anarchique pendant la guerre. Dans cette agriculture urbaine, on distingue plusieurs types d’agricultueurs: les petits agriculteurs qui eux travaillent avec leurs familles. Ils n'ont pas de monoculture, ils choisissent plusieurs cultures ou élevages pour minimiser les risques par exemple (Malongo, 1992), les grands agriculteurs (rares sont ceux qui travaillent eux-mêmes la terre) ils ont toujours des ouvriers, ils possèdent les plus grandes exploitations urbaines, choisissent une seule culture intensive de haute valeur commerciale comme les cultures sous-serres (Malongo. 1992), les coopératives agricoles où les petits agriculteurs forment entre eux des coopératives pour minimiser les charges et par suite augmenter les profits (Atkinson, 1992). Ainsi sur le littoral libanais, plusieurs types d'espaces sont cultivés (autour des maisons, espaces communes et réserves publiques, bord des routes et autoroutes, des rivières, les fortes pentes...).
En plus, la mauvaise gestion de l'eau dans l'agriculture due à l'absence des réseaux collectifs d'irrigation mène l'agriculteur à l'utilisation de sa propre source d'eau principalement basée sur l'exploitation des nappes souterraines par l'intermédiaire des puits artésiens sans aucune restriction. En effet, entre 1992 et 1995, plus de 2000 puits ont été ajoutés à un total de 10.000 puits surtout dans la région côtière sud du Mont Liban, au nord et dans la Békaa centrale (FAO, 1996). Ce puisement anarchique des puits a induit une pollution des nappes phréatiques par l'eau salée et une élévation des valeurs de la salinité du sol (El Moujabber et Bou Samara, 2001 ; Atallah et al., 1997).
Méthodologie: La zone d'étude (Choueifat au nord jusqu'à Rmeylé au sud) est située dans la région côtière sud du Mont Liban. Cette zone, agricole de tradition, envisage un problème de développement urbain qui va être accentué dans le futur à cause des projets en voie d'étude (l'autoroute du sud, l'amélioration du réseau routier, les systèmes de transport collectifs: les autobus, les cars, le chemin de fer, les zones industrielles franches, les cimenteries, les centrales électriques, les terminaux pétroliers, les stations balnéaires et complexes touristiques...) (IAURIF, 1999). Cette zone a également des particularités géologiques et pédologiques. D'un point de vue géologique, la région de Choueifat montre de vastes taches de terres rouges sableuses à galets. Ce sont des dépôts fluviatiles appartenant au quaternaire. Le matériel friable et non compact favorise une infiltration horizontale de l'eau de mer. Cette dernière prend, sous l'effet du pompage, une direction ascendante atteignant ainsi la nappe. Quant à la région de Saadiyat-Rmeylé, les calcaires marneux de Cénomanien-Turonien y constituent l'essentiel des affleurements à l'exception de Rmeylé (calcaire Sénonien) (Dubertret, 1995). Il faut signaler la présence de flexures qui sont des accidents tectoniques (FAO, 1973). Ces flexures assez larges rendent le milieu perméable à l'invasion marine et inversement. Les couches qui présentent un pendage d'un lieu à l'autre sont importantes. La raideur des pentes et le pendage favorisent le ruissellement et activent l'écoulement de l'eau vers la mer. La FAO (1973) a déterminé la position des sources d'eau douce affleurant dans la mer, ce qui affirme que la région est perméable. Alors du fait de l’augmentation de la population, d'une expansion urbaine rapide et consommatrice d'espace, de la propagation de l'agriculture urbaine et du pompage excessif des eaux de puits, ces sources d'eau douce ont disparu menant ainsi à l'invasion de l'eau douce par l'eau de mer.
A ces problèmes, s'ajoute la déficience et le manque de précision de la loi libanaise d'une part et l'état exceptionnel de l'instabilité au Liban d'autre part. En effet, la déficience de la loi s'affiche le plus dans l'article 7 de Décret n° 14438, promulgué en date de 2 mai 1970, qui permet à toute personne de diguer un puits dans son propre terrain ne dépassant pas 150m de profondeur. Alors que l'exploitation d'un aquifère karstique côtier est un phénomène complexe, car il ne suit pas les lois de l'hydrodynamique souterraine surtout la loi de Darcy (1856). De là, la difficulté de la gestion de l'eau dans ce type d'aquifère. L'étude des structures hydrogéologiques, l'établissement des cartes piézométrique et les expérimentations par pompage sont nécessaires pour pouvoir établir un modèle conceptuel permettant de prévenir ou diminuer l'intrusion de l'eau de mer dans les sources karstiques côtières. En plus il est indispensable de mentionner que les cultures principales de la zone d'étude sont la tomate, le concombre et la fraise. Ces dernières et surtout la fraise ont une faible tolérance à la salinité.
Objectif: Donner l'évolution de la qualité de l'eau souterraine dans cette région dans l’espace et dans le temps. En plus, il s’agit de quantifier la pollution ou la contamination de ces eaux utilisées à la fois en agriculture et en usage domestique.
Bibliographie:
Attallah, T., Darwish, T. and El Moujabber, M, 1997. Cultural practices and soil salinity of greenhouses in Lebanon. International Conference on: Water management, salinity and pollution towards sustainable irrigation in the Mediterranean Region. Bari-Italy, 22-26 September. 115-123
Darcy, H.,1856. Les fontaines publiques de la ville de Dijon, Paris.
Dubertret, L., 1955. Carte géologique du Liban au 1/20.000. Beyrouth, République Libanaise, Ministère des travaux publics.
FAO,1973. Projet de développement hydroagricole du Liban. Thermométrie aéroportée par infrarouge,16pp
FAO, 1996. Irrigation in the near east region in figures. Water reports.
IAURF1999. Evaluation environnementale de la côte du Liban. République Libanaise, Conseil du Développement et de la Reconstruction.