Utilisation de la Base des Données "SOTER" pour l'Aménagement des Territoires de la Région Jbail -Liban (Georges Antoun – Faculté des Sciences Agronomiques – Université du Saint Esprit de Kaslik – 2003-04)

Résumé

L'aménagement d'un territoire consiste à dessiner son utilisation rationnelle en se basant sur plusieurs critères et principalement la capacité et l'utilisation convenable et durable de celui-ci. Cet aménagement constitue l'une des priorités les plus alarmantes dans les pays en voie de développement comme le Liban.
Dans cette étude, on propose l'aménagement de la région de Jbail, typique de la diversité du Liban du point de vue géologique, morphologique, pédologique, hydrologique, de l'occupation/utilisation du sol et climatologique. Cet aménagement est basé surtout sur l'évaluation des risques naturels attaquant cette région comme les inondations, les incendies de forêts, les tremblements de terre, les glissements de terrains, etc... mais il tient compte aussi de l'aspect socio-économique des activités actuelles et proposées et de leur impact négatif pour la population et l'environnement. L'approche suivie permettra la gestion durable des ressources naturelles (sol et eaux).

Mots-clés : aménagement du territoire, utilisation durable, SIG, ressources naturelles.

1. Introduction

L'utilisation planifiée d'un territoire est directement liée à l'évolution de la société, elle doit permettre à l'homme de tirer le maximum d'avantages des ressources naturelles tout en veillant à leur conservation pour l'avenir. Elle vise la sélection des sols pour leur utilisation d'une manière profitable (FAO, 1993, 2000). Cette planification s'avère d'une extrême importance au Liban. Bien que ce pays ne possède pas de richesses minérales naturelles importantes, sa nature géomorphologique présente une variété de contrastes. On distingue quatre unités géomorphologiques principales en allant de l'ouest à l'est : la zone littorale (< 100 m d'altitude), un bloc montagneux plissé et surélevé «le Mont Liban» (entre 100 et plus que 3000 m), une dépression structurale intermédiaire (la vallée de la Békaa) et la chaîne montagneuse de l'Anti-Liban (moins élevée que le Mont Liban). La chaîne du Mont Liban est la partie la plus diversifiée du pays.
Les sols, typiquement méditerranéens, sont très vulnérables à la dégradation causée par divers processus naturels comme l'érosion hydrique et éolienne et surtout par les activités anthropiques (Bou Kheir et al., 2001a, b, c). L'urbanisation chaotique est à la base de la perte des terres productives, surtout que l'infrastructure contribue à une dénudation des terrains sur pente peu ou non stable. Cela augmente la fréquence d'inondations et des glissements de terrains sur substrat peu perméable. La population dense et les activités industrielles posent des problèmes de déforestation, d'incendies, de pollution des sols et des eaux. Cela vient s'ajouter aux pratiques agricoles non adaptées aux conditions locales et à l'usage non contrôlée des eaux et des produits chimiques, ce qui menace la durabilité du secteur agricole assurant la vie à 40 % de la population du pays, l'écosystème et le bien-être des générations futures.
Vu l'importance de la dégradation des terrains au Liban, et étant donné que les recherches reliées sont limitées, un aménagement des territoires de la région de Jbail s'avère nécessaire. En effet, c'est seulement en 2001 que le Liban a entamé un projet sur l'aménagement des terres (SDATL/Dar-El-Handasah/IAURIF, 2003), en utilisant diverses cartes des ressources et des risques naturels, à une échelle de 1/200000, produites par le Centre national de Télédétection qui fait partie du Conseil National de la Recherche Scientifique libanais (CNRSL). Cette échelle est insuffisante et convient uniquement au niveau global. Pour cela, nous allons nous baser sur la base des données SOTER (Soil and Terrain Database) à l'échelle de 1/50000 produite sous le système d'information géographique (SIG) pour évaluer l'aménagement des territoires de la région choisie (Jbail). Cet aménagement sera appliqué avec succès s'il est renforcé par des législations et soutenu par une politique au niveau des pouvoirs locaux et centraux.

2. Objectifs du travail

Ce travail vise à classifier de plusieurs façons (qualitative, quantitative, actuelle ou potentielle) les différentes zones de la région étudiée selon leurs aptitudes et les risques qui les menacent, et de comparer leurs utilisations actuelles pour les améliorer. Cette classification va assurer le maximum de profit pour l'homme d'aujourd'hui, car un bon aménagement du territoire dirige les utilisations des habitants vers le meilleur, ce qui augmente la productivité et les rendements, tout en diminuant les risques qui les menacent, en conservant la durabilité des ressources pour les générations successives. Ainsi, des cartes des risques naturels et de pression humaine à l'échelle de 1/50000 seront produites dans la région de Jbail. Les résultats de cette étude pourront être inscrits dans le programme régional de développement du pays, "Aménagement des Territoires" développé actuellement en coopération entre le CNT/CNRS, DAR El HANDASAH-SHAER ET PARTENAIRES, CDR et IAURIF.

3. Plan du travail

Ce travail vise à classifier les différentes zones de la région étudiée selon leurs aptitudes et les risques qui les menacent, et de comparer leurs utilisations actuelles pour les améliorer. Pour ce faire, nous allons nous baser sur le SIG et la télédétection, comme étant deux outils importants permettant la modélisation des risques d'inondations, de tremblements et de glissements des terres, d'incendies, d'érosion et de désertification en se basant sur la combinaison et la pondération des facteurs naturels et humains reliés comme les formations lithologiques, les types des sols, les précipitations annuelles, les pentes, les types d'occupation/utilisation du sol, les mauvaises pratiques d'irrigation, etc.... Certaines cartes des facteurs considérés sont disponibles dans le Centre National de Télédétection (CNT) du Conseil National de la Recherche Scientifique (CNRS)
Cette modélisation va aboutir à la classification hiérarchisée des potentialités agronomiques des terrains de la région étudiée. Ainsi, à titre d'exemple, les régions traversées par des failles et affectées par les séismes, les tremblements de terre, les volcans, les avalanches, etc...s'avèrent particulièrement vulnérables au risque de pollution et de transfert des contaminants vers les nappes phréatiques. Pour cela, il faut limiter dans ces régions l'expansion urbaine et l'utilisation en excès des éléments polluants (engrais, pesticides...), afin de préserver les sources d'eaux souterraines.

Références

-Bou Kheir, R., Girard, M-C., Shaban, A., Khawlie, M., Faour, G., Darwich, T., 2001. Apport de la télédétection pour la modélisation de l'érosion hydrique des sols dans la région côtière du Liban. Télédétection, 2(2), 91-102.
-Bou Kheir, R., Shaban, A., Girard, M-C., Khawlie, M., 2001. Impact des activités humaines sur l'érosion hydrique des sols dans la région côtière montagneuse du Liban. Sécheresse, 12(3), 157-165.
-Bou Kheir, R., Girard, M-C., Khawlie, M., Abdallah, C., 2001. Erosion hydrique des sols dans les milieux méditerranéens : une revue bibliographique. Etude et Gestion des Sols, 8(4), 231-245.
-FAO, 1993. Guidelines for land use planning, Rome, 96 p.
-FAO, 2000. Land resource potential and constraints at regional and country levels, Rome, 114 p.
-SDATL/Dar-El-Handasah/IAURIF, 2003. Schéma d'aménagement du territoire Libanais, phase 1 diagnostic et problématique, DAR-IAURIF, 188 p.